Déclaration du Chef national Shawn Atleo

Le 21 janvier 2013

Permettez-moi d'abord d'exprimer mes sincères remerciements à tous ceux qui m'ont transmis des messages d'encouragement au cours de la dernière semaine. Je suis en bonne voie de rétablissement. Je suis ragaillardi et je prévois reprendre l'ensemble de mes tâches dans les prochains jours.

Comme vous le savez, nous nous vivons un moment crucial de notre histoire. Les récents événements nous ont permis de faire valoir auprès des Canadiens et des différents gouvernements du pays l'importance de nos enjeux. Grâce aux voix fières et déterminées de nos peuples et aux gestes qu'ils ont posés d'un océan à l'autre, nous avons obtenu une visibilité inégalée.

Le Comité exécutif national de l'APN et moi-même allons maintenir la pression sur les gouvernements, puisqu'il s'agit de la meilleure occasion qui nous est offerte de réaliser de véritables progrès, depuis de trop nombreuses années. Nos demandes pour plus de justice et d'équité et pour un développement politique, social et économique accru n'ont jamais été aussi près de se concrétiser.

Il est important de demeurer unis et de continuer à appuyer les demandes qui ont été adoptées par nos peuples, au fil de nos Assemblées. Certains ont critiqué ce processus et remis en question nos structures de prise de décisions. Elles ne sont pas parfaites, j'en conviens. Elles sont le reflet d'un passé colonial que nous rejetons. Des améliorations peuvent être apportées et nous devons en discuter. Sous sa forme actuelle, l'APN est une création de nos aînés; elle a été développée à partir de structures existantes qui, ils le savaient, devaient être revues et corrigées. L'APN de demain poursuivra ce processus.

Au cours de ces discussions, nous devrons nous assurer que ce dialogue ne nous empêchera pas de saisir cette occasion d'apporter des changements. Notre priorité et notre attention doivent être les suivantes : les changements que nous revendiquons depuis si longtemps dans la vie de nos peuples. Chaque Première Nation et chaque région signataire d'un traité doivent faire les choix les plus judicieux pour elles-mêmes. Ensemble, nous pouvons profiter de cet élan et créer des occasions pour tous nos peuples.

Comme vous le savez puisque nous en avons fait un compte rendu détaillé, nous avons réalisé des progrès au cours de la rencontre que nous avons eue le 11 janvier avec le gouvernement du Canada. Ensemble, les Chefs, les dirigeants et les aînés qui ont participé à cette rencontre sont parvenus à une percée sans précédent sur une question qui est essentielle à la réalisation de véritables progrès sur l'un ou l'autre de nos enjeux. Nous avons obtenu un engagement en matière d'orientation et de supervision politiques au niveau le plus élevé du gouvernement – du Premier ministre, de ses hauts fonctionnaires et des représentants du Bureau du Conseil privé. De plus, un mandat a été établi dans le but de favoriser la tenue de dialogues à l'échelon le plus élevé sur des questions fondamentales liées à la mise en œuvre des traités, déterminées par les nations signataires, et à la réforme de la Politique sur les revendications territoriales globales. Nous avons eu un franc échange sur chacun des huit sujets présentés et obtenu un engagement de respecter la promesse en matière d'éducation dont chaque enfant et parent des Premières Nations peut être fier et de prendre des mesures pour aborder la tragique réalité des femmes disparues et assassinées.

Relativement à chacune de nos priorités, nous allons continuer à exiger justice, équité, respect et changements, tels que déterminés par les Premières Nations. Pour nos enfants, nous avons la responsabilité d'apporter des changements ancrés dans nos droits et notre culture. Nous devons être prêts à saisir toutes les occasions qui se présentent à nous pour rendre possible l'avenir qu'ils méritent.

À titre de jeune dirigeant de ma communauté, j'ai eu le privilège d'apprendre de nos aînés et de tirer parti de leur sagesse. En Colombie-Britannique, en tant que dirigeant, c'est avec honneur que j'ai reçu les conseils d'aînés de partout au Canada. À titre de dirigeant à l'échelle nationale depuis quatre ans, j'ai tiré des leçons de tous nos anciens dirigeants, ainsi que de dirigeants actuels et passés de nombreuses Nations. Ils m'ont décrit le processus parfois pénible qui régit l'élaboration de nos structures et de nos organisations.

À de nombreuses reprises, ils ont vécu des périodes de mésentente et de discorde. Mais chaque fois, lorsque nos peuples ont participé à des débats musclés, nous avons aussi écouté et fait preuve de respect les uns envers les autres. Nous avons relevé chacun de ces défis tout en respectant l'autonomie de chaque Nation. Nous avons toujours reconnu que nos peuples et leurs dirigeants sont ceux qui prennent les décisions. En tant que dirigeants, nous sommes ensemble pour faire valoir leurs droits et voir à ce que les demandes qu'ils font se concrétisent.

Un tel processus exige toujours du changement. Lors de la transformation de la Fraternité des Indiens du Canada en l'Assemblée des Premières Nations, les pourparlers ont eu lieu dans l'atmosphère politiquement chargée des discussions constitutionnelles. En décembre 1980, notre Déclaration des Nations a été adoptée et a par la suite servi de base à la création de l'Assemblée des Premières Nations.

Nous sommes devenus l'Assemblée des Premières Nations et, aux termes de notre Charte, il nous incombe « de respecter notre diversité, d'exercer la tolérance et de travailler ensemble en bons voisins, de joindre nos forces pour maintenir notre sécurité, et de nous servir des mécanismes nationaux et internationaux pour encourager l’avancement politique, économique et social des peuples des Premières Nations ».

En 2005, la Commission du renouvellement de l'APN nous a invités à examiner l'avenir et à mettre en place les conditions qui feront en sorte que notre organisation sera respectée par tous les paliers de gouvernement, sera ancrée dans nos langues et nos cultures, sera représentative des diverses Nations que nous desservons et surtout, qu'elle répondra aux demandes de nos Nations et de nos peuples. De nombreux changements ont été apportés, mais de nombreuses conversations doivent encore avoir lieu.

Permettez-nous de nous assurer que ces conversations seront menées avec respect, respect de nos traditions, respect des autres et respect de nos différentes approches, afin de réaliser des progrès pour nos peuples. Forts de la sagesse de nos aînés et de la détermination de nos peuples, nous pourrons saisir les véritables possibilités. Si nous conservons notre inspiration et demeurons convaincus d'offrir un avenir meilleur à chacun de nos enfants, ensemble nous réussirons.

Je me réjouis à l'idée de continuer à travailler avec vous, de vous appuyer dans le respect les uns les autres, de servir nos peuples… et surtout d'assurer, avec votre concours, une vie meilleure à tous nos citoyens.

 

Kleco, Kleco

Shawn A-in-chut Atleo

Assemblée des Premières Nations