Communiqué du Chef national Shawn Atleo - DÉCEMBRE 2012

Assemblée extraordinaire des Chefs de l’APN – Du 4 au 6 décembre 2012 – Gatineau (Québec)

Au nom du Comité exécutif de l’Assemblée des Premières Nations (APN), je remercie tous les participants à l’Assemblées extraordinaire des Chefs, qui s’est tenue à Gatineau, au Québec, du 4 au 6 décembre 2012. Près de 1000 dirigeants, techniciens, membres de communautés et observateurs des Premières Nations ont participé à cette importante assemblée fondée sur la discussion et la prise de décisions. 

Organisée sous le thème « La promesse non tenue de l’article 35 », l’Assemblée avait pour but de réaffirmer une marche à suivre, de mettre à profit le dynamisme de nos citoyens, de considérer officiellement ce moment comme celui du changement et d’agir dès maintenant dans l’intérêt de nos citoyens en vertu de nos droits et responsabilités clairement définis. C’est ce que nous avons fait. Dans le cadre d’une déclaration unanime, les Chefs en assemblée ont convenu d’unir leurs efforts pour défendre nos terres, nos territoires, nos citoyens et notre compétence, protéger l’intégrité des droits inhérents et issus de traités et assurer la stabilité économique et la protection de l’environnement. Dans cette déclaration, les Chefs en assemblée soutiennent pleinement la participation de tous les citoyens des Premières Nations aux processus décisionnels qui ont des répercussions sur nos droits inhérents et issus de traités et rejettent unanimement les politiques, processus et lois d’assimilation et de renonciation imposés par d’autres gouvernements (voir ci-dessous l’intégralité de la déclaration).

Le premier jour de l’Assemblée, une délégation de Chefs, de citoyens de Premières Nations et de partisans se sont rassemblés d’une manière spontanée sur la Colline pour montrer la détermination et l’unité mentionnées dans la déclaration. J’ai été honoré de me tenir parmi des Chefs, des Grands Chefs et les membres du Comité exécutif pour exiger que les promesses soient tenues et que les droits soient respectés et mis en œuvre. Notre message était clair et continue de l’être. Nous ne reviendrons pas sur notre position. Nous ne baisserons pas les bras tant que les traités, le titre et les droits n’auront pas été entièrement mis en œuvre conformément à l’objectif initial, comme les promesses, les accords et les engagements conclus par la suite, et tant que nous n’auront pas obtenu le changement exigé par nos citoyens.

Ensemble, les Chefs en assemblée ont adopté 48 résolutions dans divers domaines prioritaires, dont la revendication des droits inhérents et issus de traités portant sur nos terres, territoires et ressources, l’opposition aux compressions budgétaires imposées par le gouvernement fédéral aux organisations représentatives, aux conseil tribaux et aux Premières Nations, l’environnement et les pêches, des mesures concrètes dans le dossier des femmes disparues et assassinées, la santé mentale, les accords financiers et la péréquation, les services de police et l’éducation. 

Prochaines étapes : abandonner la Loi sur les Indiens, respecter la promesse de l’article 35

Afin d’assurer le suivi des efforts de la campagne citoyenne « March 4 Justice », le décembre 2012, l’APN a organisé une discussion sur la nécessité d’abandonner la Loi sur les Indiens avec le centre de la culture et de l’éducation autochtones (Centre for Aboriginal Culture and Education) et l’école des études canadiennes (School of Canadian Studies) de l’Université Carleton. Ont participé à cette discussion, l’ancien Chef national Ovide Mercredi, Jody Wilson-Raybould, Chef régionale de la C.-B. de l’APN, Leo Baskatawang, initiateur de « March 4 Justice », Vera Pawis Tabobondung, présidente de l’Association nationale des centres d’amitié, et Caitlin Tolley, conseillère des Anishinabeg de Kitigan Zibi. Les participants ont présenté leurs points de vue et leurs idées pour renforcer les gouvernements des Premières Nations et mettre en œuvre les droits, le titre et les traités protégés par la Constitution. Plus de 100 personnes se sont jointes à la discussion, en posant des questions intéressantes et en lançant des discussions sérieuses. L’activité sera diffusée sur CPAC le samedi 8 décembre 2012 à 10 h (HNE).

Comité des Chefs sur l’éducation – Compte rendu

Le 28 novembre, le Comité des Chefs sur l’éducation (CCE) a envoyé une lettre au ministre Duncan pour lui faire connaître la position claire du contrôle par les Premières Nations de l’éducation des Premières Nations et lui indiquer la nécessité de parvenir à une entente sur la question prioritaire de l’éducation. Tel que mentionné lors de la séance sur l’éducation de l’Assemblée extraordinaire des Chefs, le ministre Duncan a signalé sa volonté de tenir une réunion. Compte tenu des activités de la Chambre des communes et de celles de la l’AEC, la confirmation a été obtenue seulement le jeudi 6 décembre 2012 en fin de journée. Le Chef régional de l’APN Morley Googoo a mis sur pied une petite délégation comprenant d’autres membres du CCE. Il a sollicité mon appui à l’occasion de la réunion avec le ministre. Cette courte réunion a donné au Comité des Chefs la possibilité de réaffirmer les préoccupations et positions des dirigeants et des Premières Nations et de rappeler la nécessité de respecter et de mettre en œuvre les droits inhérents et issus de traités, celle de recevoir un financement durable et celle d’obtenir du Canada qu’il honore son obligation de consulter les Premières Nations. 

Nous maintenons que le Canada doit obtenir le consentement préalable donné librement en connaissance de cause de la part de toutes les Premières Nations. Ainsi, il est nécessaire d’être clair sur ce point : contrairement à certains rapports antérieurs des médias, il n’existe absolument aucune entente entre l’APN et les Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC). Les Premières Nations doivent déterminer et diriger la marche à suivre, et elles détermineront et dirigeront la marche à suivre. Le ministre a proposé de tenir une réunion avec le Comité des Chefs sur l’éducation en janvier 2013.

Grâce au leadership du Comité des Chefs sur l’éducation qui a été clairement affirmé par une résolution, les efforts de défense d’intérêts des Premières Nations dans le domaine de l’éducation se poursuivent en insistant sur la nécessité d’obtenir un financement équitable, stable et prévisible pour l’éducation et les écoles des Premières Nations − y compris pour les langues et les cultures des Premières Nations − conformément aux droits des Premières Nations et à la relation issue de traités. Il est clair que chaque Première Nation, chaque traité et chaque région doit établir sa propre marche à suivre. Il incombe à l’APN de soutenir et de faire valoir cette diversité qui est propre à chaque approche de Première Nation. Notre volonté d’obtenir un changement positif à l’intention de nos enfants est plus forte que jamais. 

Les Premières Nations de l’ensemble du pays ont fait preuve d’un leadership exemplaire en faisant valoir l’importance de l’éducation et de la mise en œuvre de nos droits, en tant que moyens de libérer le plein potentiel de nos citoyens. Les Premières Nations doivent montrer la voie, et leurs diverses approches préconisées dans les régions et l’ensemble du pays doivent être respectées. Seul un dialogue respectueux permettra de parvenir au changement souhaité pour nos enfants.

Mettre fin à la violence faite aux femmes

Les Chefs en assemblée ont célébré la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, appelée aussi « Journée du ruban blanc », en continuant de proposer des plans pour obtenir justice et mettre fin à la violence contre les femmes autochtones.

Cette semaine, parmi les nombreuses séances stratégiques organisées à l’intention des Chefs et des délégués de l’Assemblée, l’une d’entre elle a permis de planifier un forum national ainsi que des mesures et des efforts en matière de défense d’intérêts destinés à mettre fin à la violence faite aux femmes autochtones. Michèle Audette, présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, Adeline Webber, membre du Conseil national des femmes et des familles des femmes autochtones disparues et assassinées ont participé à une discussion qui visait à soutenir les efforts actuels demandant la mise sur pied d’une commission d’enquête publique nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

Le 4 décembre, la sénatrice Sandra Lovelace Nicholas de la Première Nation de Tobique (Nouveau-Brunswick) a proposé une enquête à la Chambre haute portant sur « la situation, l’effet et l’efficacité de la réponse du Canada à ce jour » dans le dossier des femmes autochtones disparues et assassinées au Canada. Bien qu’il s’agisse d’un message du Sénat très important et très apprécié, nous continueront d’exiger la mise sur pied d’une commission d’enquête publique nationale indépendante pour trouver les causes initiales de la violence et de la vulnérabilité et pour envisager des mesures et des efforts de sensibilisation et de prévention.

Les dirigeants demandent avec insistance la formation d’une commission d’enquête publique nationale indépendante depuis de nombreuses années. Ils ont réitéré leur demande en juillet lors de l’Assemblée générale annuelle à Toronto. Lors de cette réunion, les Chefs en assemblée ont réaffirmé la nécessité de mener une telle enquête, assortie des éléments suivants : des audiences, un examen des politiques et procédures des services de police concernant les recherches, les enquêtes et la communication entre la police, les fonctionnaires et les familles et l’examen des facteurs de risque socioculturels et socioéconomiques liés aux femmes et jeunes filles autochtones. 

En octobre, avec l’aide du bureau national du SCFP, l’APN a lancé une campagne de médias sociaux et d’envoi de cartes postales encourageant les citoyens autochtones et tous les Canadiens à appuyer la mise sur pied d’une commission d’enquête publique nationale et à déclarer leur volonté personnelle de vivre dans un monde sans violence. Pour obtenir plus de détails sur cette initiative : http://www.afn.ca/index.php/fr/secteurs-de-politique/mettre-fin-a-la-violence.

 

Déclaration d’unité : pour l’honneur de nos citoyens et de notre terre

La déclaration suivante a été adoptée à l’unanimité par les Chefs en assemblée le 6 décembre 2012.

Nous, premier peuple de l’île de la Tortue, revendiquons, par la présente, notre souveraineté en tant que nations, qui nous a été accordée par le Créateur,

En tant que citoyens des Premières Nations, nous sommes guidés par des principes de paix, d’harmonie et de respect; le Créateur nous a aussi confié la responsabilité de défendre nos territoires, y compris les terres traditionnelles et celles visées par les traités,

Nous avons maintenu ces principes malgré les lois et politiques gouvernementales illégales imposées à nos citoyens,

Unis dans la solidarité, nous rejetons catégoriquement les politiques d’assimilation et de renonciation mises en œuvre par le gouvernement du Canada à l’encontre de nos nations et de nos citoyens, et

Nous soutenons la participation de toutes les Premières Nations aux processus décisionnels qui ont une incidence sur nos droits inhérents et issus de traités,

Nous rejetons sans conditions toutes les lois et politiques et tous les processus canadiens ou provinciaux qui ont des répercussions sur nos terres, notre air, nos eaux et nos ressources et qui n’ont pas fait l’objet d’un consentement préalable donné librement en connaissance de cause,

Afin d’assurer la stabilité économique et la protection de notre environnement, les projets d’exploitation ou toute autre initiative susceptible d’avoir des répercussions sur nos nations requièrent notre pleine et inclusive participation ainsi que notre consentement préalable donné librement en connaissance de cause,

Afin de protéger l’intégrité de nos droits inhérents et issus de traités, nous avisons le gouvernement du Canada que toute future loi et/ou politique imposée fera l’objet de mesures appropriées,

Nous demandons officiellement à nos citoyens – hommes, jeunes, femmes, aînés, guerriers et autres alliés – de s’unifier et de s’entraider durant cette période d’attaques contre nos gouvernements et nos nations,

À partir d’aujourd’hui, les Chefs des Premières Nations en assemblée se déclarent unis et s’engagent à défendre avec force nos terres, nos territoires, nos citoyens et notre compétence.

Je tiens de nouveau à remercier toutes les personnes qui ont quitté pendant quelques jours leurs familles et leurs communautés pour se joindre à nous à l’occasion de l’Assemblée extraordinaire des Chefs. Cette participation est essentielle pour faire progresser notre travail – un travail important et difficile ayant pour objectif d’obtenir un changement pour les générations actuelles et futures. En cette période des Fêtes, je vous adresse mes meilleurs vœux et vous encourage à passer de bons moments avec votre famille et vos amis.

Kleco, Kleco!

Assemblée des Premières Nations