Développement des ressources et peuples autochtones : Trouver la voie de la coopération
Chef national Shawn A-in-chut Atleo
Notes d’allocution
Développement des ressources et peuples autochtones :
Trouver la voie de la coopération
Repas de la Joint Law Society of Upper Canada et
de l’Association du Barreau autochtone
Le 9 septembre 2011
Toronto, Ontario
La version prononcée fait foi.
[Salutations traditionnelles, remerciements adressés aux Mississaugas pour l’accueil sur leur territoire – conseiller Stacey Laforme]
[Remerciements adressés à l’aîné Jacqui LaValley, au Chef régional Angus Toulouse, aux nombreuses personnalités du domaine juridique de notre communauté, dont le juge Harry Laforme et le juge Todd Ducharme, et aux nombreux amis et collègues.]
Pour commencer, je tiens à remercier la Law Society of Upper Canada et l’Association du Barreau autochtone – la présidente Margaret Froh - de m’avoir si gentiment invité à m’exprimer devant vous.
Aujourd’hui, je vous propose de laisser de côté certains avis et certains choix qui sont erronés.
J’ai l’intention de vous présenter une voie menant à la coopération, plutôt qu’au conflit, et un avenir fondé sur des engagements mutuels dans les domaines du développement économique et de la gouvernance
Certains d’entre vous commencent certainement à se dire : « J’ai déjà entendu ça quelque part! ».
Cependant, je parle d’un changement majeur, d’une transformation sans pareil… d’une transformation qui est, à mon avis, réalisable et même essentielle. En plus, elle ne requiert pas d’idées nouvelles.
En définitive, il s’agit de la vision qu’avaient nos ancêtres lorsqu’ils ont signé les traités ou d’autres types d’alliances – des alliances tant commerciales qu’économiques et militaires. Leur vision demeure autant instructive aujourd’hui.
Premièrement, ils ont compris qu’il n’existe pas de différence entre un programme fondé sur les droits et un programme économique. Ils auraient refusé ce choix erroné entre ces deux programmes s’il leur avait été présenté. Ces deux programmes constituent manifestement un seul et même programme.
Deuxièmement, ils auraient refusé de faire un choix inconcevable entre l’environnement et le développement économique.
Nos ancêtres étaient déterminés à appliquer des pratiques de développement durable qui sont conformes à nos traditions et à notre conception du monde, qui englobe tous les organismes vivants et inertes – ils appliquaient ce concept de développement durable bien avant qu’il soit proposé par des scientifiques non autochtones.
Notre programme a toujours été unique.
Il respecte le droit de chaque nation de mettre en œuvre des programmes de développement qui sont en accord avec les points de vue et les valeurs de la communauté. Les groupes environnementaux et l’industrie nous ont trop souvent imposé rapidement leurs valeurs et leurs points de vue concernant nos intérêts.
Ces derniers montrent souvent trop peu de respect à l’égard de nos intérêts, par exemple encourager l’établissement de relations positives avec nos voisins, nourrir nos familles et susciter l’espoir et des perspectives parmi nos jeunes.
Dans ce cas-ci, nous refusons aussi tout tentative de nous imposer ce choix erroné.
Permettez-moi de vous présenter une nouvelle voie : une voie qui préserve les intérêts économiques des Autochtones, leurs droits et leur engagement sacré à l’égard de la santé de la planète. Un plan qui est fondé sur notre capacité de devenir des acteurs majeurs et qui fait preuve d’optimisme en créant de l’espoir et des perspectives pour nos enfants et leurs propres enfants.
L’Assemblée des Premières Nations s’est engagée à soutenir nos familles et communautés ainsi que de nouvelles approches en éducation et en santé. Nous aidons à la mise sur pied de gouvernements et d’institutions compétents. Et nous travaillons d’arrache-pied à l’établissement de partenariats économiques et environnementaux permettant de répondre aux besoins de nos communautés, y compris à celui d’avoir droit à la sécurité et au bien-être.
Nous estimons qu’il est impératif sur le plan moral que nos dirigeants luttent pour obtenir une meilleure éducation et une meilleure qualité de vie pour leurs citoyens; des citoyens qui vivent trop souvent dans une situation de pauvreté dans un pays riche qui a été bâti sur leurs terres traditionnelles.
Il existe un argument économique et politique incontestable qui pourrait inciter à prendre des mesures : si nous parvenons à combler les écarts existant dans les domaines de l’emploi et de l’éducation, nous permettrons au Canada d’ajouter 300 milliards de dollars dans son économie et d’économiser 115 milliards de dollars de dépenses publiques liées à la situation de pauvreté des Premières Nations.
Maintenant, nous savons qu’il existe de plus en plus de bonnes raisons sur le plan juridique de faire participer les Premières Nations à l’activité économique du pays. Par exemple, les activités forestières entreprises sur le territoire de Grassy Narrows, dans le Nord-Ouest de l’Ontario, les pêches des Nuu-chah-nulth dans ma communauté d’origine, à Ahousaht, ou les récentes décisions liées aux dossiers Bastien et Dubé confirment notre droit de participer à l’activité commerciale. Nous constatons que nos droits sont de plus en plus respectés et affirmés, cela sans compter la directive claire prise par l’industrie et le gouvernement de travailler en collaboration avec nous.
D’après le gouvernement, l’activité économique liée aux ressources au Canada est évaluée à 400 milliards de dollars pour les prochaines années. La plupart de cette activité se déroulera – sinon elle les concernera - sur les territoires traditionnels des Premières Nations. Ces prévisions – conjuguées à l’apport de notre jeune population en pleine croissance qui constitue la future main-d’œuvre du Canada – nous confèrent le rôle d’acteurs majeurs dans l’économie, tant aujourd’hui que demain. Nous avons beaucoup à gagner à travailler ensemble et gros à perdre à ne pas le faire – Pourquoi? Parce que ces projets ne peuvent et ne pourront pas être réalisés sans notre accord, sans notre participation et sans notre engagement actif du début jusqu’à la fin.
Permettez-moi de vous présenter deux exemples de façon de faire à éviter; ces exemples sont conformes à l’ancienne méthode qui aboutit inévitablement à un malentendu, à la confrontation, à un gâchis de temps et d’argent des deux côtés et finalement à la perte d’occasion d’établir des partenariats de développement économique raisonnables susceptibles de produire des retombées parmi toutes les parties.
Le premier exemple est le projet de pipeline KeystoneXL. La confrontation découle d’une consultation inadéquate, d’un manque d’écoute et d’une insensibilité à l’égard de nos droits et de notre culture. En ce qui concerne ce projet et bien d’autres, le problème est né simplement du manque de volonté de prendre en compte les préoccupations d’autrui à un moment donné. Les grands projets de développement, comme celui-ci, comportent un processus de planification qui s’étend sur des décennies. Malgré cette durée, les Premières Nations ne sont la plupart du temps pas prises en compte dans la planification. Il semble que les promoteurs attendent la fin ou les dernières étapes du processus pour obtenir ou acheter notre consentement. Cette façon de faire ne peut pas fonctionner. Nous sommes obligés de réagir et de lutter pour protéger nos intérêts.
Le deuxième exemple concerne une exploitation minière sur les territoires des Tsilhqot’in, dans ma province natale. Chose incroyable, un énorme projet minier a été élaboré sans consulter les communautés qui sont installées sur l’emplacement prévu du projet; un territoire qui revêt une forte signification spirituelle pour les résidants, qui constitue une réserve de nourriture et qui façonne un mode de vie. La mine aurait contaminé un environnement vierge qui représente le lieu de vie de ces communautés depuis des siècles.
Pendant les années de planification, le gouvernement et le secteur privé ont ignoré l’existence des citoyens de ces communautés; des personnes qui connaissent intimement tous les recoins de ce territoire; des personnes dont les ancêtres ont combattu pendant les guerres des Tsilhqot’in, il y a un siècle, pour défendre leur mode de vie et leurs terres. Il est difficilement imaginable qu’un tel scénario puisse encore se dérouler au vingt-et-unième siècle au Canada.
Les Tsilhqot’in ont enfin participé au processus d’évaluation environnementale; toutes les personnes – de la plus âgée à la plus jeune d’âge préscolaire – ont exprimé leurs préoccupations et parlé de leur lac sacré.
Tout cela a abouti à une évaluation environnementale cinglante – le ministre de l’Environnement du moment, Jim Prentice, a considéré le rapport de l’évaluation comme étant le plus critique qu’il est eu l’occasion de voir durant sa carrière. Nous avons soutenu les dirigeants locaux en demandant au gouvernement du Canada d’arrêter le projet. C’est ce qu’il a fait. Cela a été difficile pour le gouvernement de prendre une telle décision compte tenu des difficultés économiques actuelles et de l’immense pression de l’industrie et des gouvernements provincial et municipaux.
Maintenant, quelques mois après, une proposition « révisée » a été soumise en vue d’obtenir l’approbation du gouvernement. Une fois de plus, aucun processus d’engagement direct, aucune discussion et aucune négociation n’ont été entrepris auprès des Tsilhqot’in – bien entendu, la résistance s’est immédiatement formée; la voie d’un conflit semble aussi se dessinée. Ce type de comportement adopté par les promoteurs est absolument absurde et ne produira aucun bénéfice mutuel.
Il existe un autre moyen de procéder. La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones oblige tant les États que les peuples autochtones à travailler ensemble dans le cadre d’un partenariat et d’un respect mutuel. Elle établit également la norme d’un consentement préalable donné librement en connaissance de cause.
Le Canada et d’autres États ont indiqué qu’ils souhaitaient limiter cette norme, car, selon eux, elle constitue une menace inacceptable qui ressemble trop à un « droit de veto ». Je vous demande de nouveau de ne pas tenir compte de ces avis erronés.
Le « consentement préalable donné librement en connaissance de cause » peut fonctionner. Il est clairement mentionné dans les normes internationales du droit de la personne. Le droit des peuples autochtones d’approuver ou de rejeter des activités qui portent atteintes à leurs droits est un élément fondamental de l’autodétermination. Il s’agit aussi d’une importante mesure de protection pour d’autres droits ancestraux qui garantit notre participation au processus d’élaboration et de décision.
Il est évident qu’il nous reste encore du travail à accomplir pour faire entendre cette norme. Dans le Groupe de travail sur l’exploitation minière de la Commission du développement durable, les délégations du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et des États-Unis ont demandé le retrait de l’expression « consentement préalable donné librement en connaissance de cause » concernant les collectivités autochtones et locales.
Comme vous le savez, dans la décision de 2004 concernant la nation Haida, la Cour suprême du Canada a déclaré que la nature et la portée de l’obligation de la Couronne de consulter nécessitaient l’obtention du « consentement [de la] nation autochtone… en ce qui concerne des questions très importantes ». Le gouvernement du Canada n’a pas tenu compte du critère de « consentement » et s’est concentré uniquement sur la définition étroite de « questions très importantes ».
Publiées en mars dernier, les Lignes directrices actualisées à l’intention des fonctionnaires fédéraux pour respecter l’obligation de consulter du Canada ne prennent pas en compte le droit des peuples autochtones d’accorder un consentement préalable donné librement en connaissance de cause, sauf dans une note indiquant que le Canada exprime ses inquiétudes lorsque le consentement est « interprété comme un droit de veto ».
Les Lignes directrices du Canada indiquent aussi que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones « ne modifie aucunement l’obligation légale de consulter » au Canada, alors que la Cour suprême a mentionné a plusieurs reprises que les déclarations et d’autres instruments internationaux sont « considérés comme des sources pertinentes et dissuasives quant il s’agit d’interpréter » les droits de la personne à l’échelon national.
L’approche qui consiste à nier ou à minimiser nos droits est prise à contresens et franchement dangereuse. Tous les gouvernements ont un rôle bien défini à jouer dans l’exploitation durable des ressources, en particulier d’assurer le respect des droits fondamentaux de la personne qui englobent les normes des droits de la personne internationaux des Autochtones. Nous bénéficions du droit incontestable de déterminer le rythme et la forme de toute activité de développement se déroulant sur nos territoires et de tirer avantage des activités d’exploitation menées sur nos terres.
Les tribunaux se sont exprimés clairement. Les précédents en matière de jurisprudence relatifs aux droits de la personne sont clairs et le critère du bon sens concernant la signification du mot « consentement » est aussi très clair. Nous devons suivre ces préceptes. Le moment est venu d’aligner le droit canadien sur la jurisprudence et les instruments internationaux qui reconnaissent les droits fonciers et la compétence foncière des Autochtones. Nous ne devons pas nous laisser entraîner sur l’ancienne pente glissante nous menant à de nouveaux conflits. Nous devons aller de l’avant et emprunter une nouvelle voie.
Cette nouvelle voie offre une avenue menant à une compréhension commune. Elle exige de nous que nous travaillions avec les gouvernements fédéral et provinciaux à l’examen et à la réorganisation des systèmes réglementaires. Il s’agit d’un outil utile et approprié pour définir et régler les relations contractuelles. Elle peut orienter les projets d’exploitation des ressources vers l’établissement d’une relation ouverte, stable et équitable entre les entreprises, les Premières Nations et les gouvernements. Le droit de donner un consentement et la liberté de le refuser peuvent constituer le début de discussions ainsi qu’un moyen très efficace d’obtenir la confiance des Premières Nations et d’élaborer des projets prometteurs et bénéfiques pour toutes les parties.
Vu sous cet angle là – il s’agit d’établir des relations; il s’agit de respect… À cet effet, il faut engager une discussion dès le début et tenir fréquemment des discussions. En bref, tout cela est manifestement très logique.
Les Premières Nations prennent part à la transition entre l’ère du pétrole et du gaz et celle de l’énergie éolienne et solaire. Elles dirigent même l’exploitation de nouvelles possibilités à l’intention de leurs citoyens, mais seulement avec la collaboration du gouvernement et de l’industrie.
Cette voie de consultation et de coopération encadre des douzaines de projets dans les secteurs forestier et minier, tant au nord de la Colombie-Britannique qu’au nord du Québec, en passant par le Cercle de feu, ici-même en Ontario.
Cependant, il est clair que – et je le répète de nouveau – les autres parties ne pourront pas progresser sans la pleine participation des Premières Nations.
Nous pouvons passer de la pauvreté à la prospérité d’une manière responsable, durable, respectueuse de nos droits et bénéfique à toutes les parties.
Nous nous félicitons que le secteur privé souhaite obtenir des certitudes et une orientation quant aux exigences pratiques relatives aux droits des Autochtones. Beaucoup de renseignements sont disponibles dans la quantité croissante de normes internationales et le droit international; nous nous efforçons de vulgariser ces renseignements et de les rendre pleinement accessibles.
C’est l’une des raisons principales pour lesquelles l’APN a tenu le Sommet international autochtone sur l’énergie et l’exploitation minière en juin dernier à Niagara Falls; un sommet qui a été couronné de succès. Nous avons organisé ce sommet en collaboration avec le National Congress of American Indians. J’en étais le coprésident avec le président du NCAI, Jefferson Keel.
Le président Keel a souligné que les Premières Nations de cette terre ont pour obligation souveraine d’assurer la gestion de leur énergie et de leurs ressources naturelles. Les Premières Nations et les Indiens des États-Unis doivent assumer cette responsabilité ensemble, dans l’ensemble de l’Amérique du Nord et au-delà des frontières qui ne sont pas le fruit de leur création. Plusieurs fonctionnaires de l’administration Obama ont participé à notre sommet, car les États-Unis sont très conscients du fait que les Premières Nations et les Indiens des États-Unis sont devenus des partenaires importants pour le futur approvisionnement en énergie de l’Amérique du Nord.
Dans le cadre de notre collaboration entre l’APN et le NCAI, nos organisations sont d’avis de définir une voie pour faciliter l’exploitation des ressources autochtones par des tribus sur les territoires autochtones en Amérique du Nord. Des territoires sur lesquels les nations autochtones sont prêtes à jouer un rôle central.
Le Caucus des dirigeants autochtones des Premières Nations et des nations tribales d’Amérique du Nord a déclaré à l’unanimité sa volonté de développer les capacités des Autochtones de négocier les modalités de la production d’énergie.
S’inspirant des discussions du Sommet, l’APN et le NCAI s’efforcent de faciliter la participation des Autochtones dans tous les domaines de la production d’énergie et de l’exploitation minière sur les terres des Autochtones, cela d’une manière qui convient aux Autochtones, à nos nations, à l’environnement et à nos économies.
L’APN et le NCAI collaborent maintenant aux activités suivantes :
• ils examinent la possibilité de mettre sur pied un groupe de travail autochtone d’Amérique du Nord sur l’énergie, constitué de représentants d’organisations autochtones;
• ils participent à des forums mondiaux de dirigeants pour promouvoir les stratégies impliquant les Autochtones;
• ils s’emploient à renforcer les capacités par la création d’un institut autochtone virtuel sur l’énergie et l’exploitation minière, dont la mission serait la suivante :
o Faciliter l’acquisition d’une expertise, d’une documentation et d’information concernant la production d’énergie et l’exploitation minière par les tribus, en particulier parmi les nations et citoyens autochtones;
o Aider les nations autochtones à acquérir ou à renforcer le sens des affaires;
o Demander à l’industrie privée et aux organismes fédéraux d’aider au renforcement des capacités des nations;
o Permettre aux tribus et aux nations autochtones de suivre et tirer parti des tendances et perspectives commerciales, dont le financement par emprunt, l’exportation d’électricité et les marchés du carbone.
Cet institut et tous nos efforts de suivi relatifs au Sommet renforceront les capacités des Premières Nations pour leur permettre de négocier d’égal à égal avec le gouvernement et l’industrie et de s’assurer que leur consentement constitue la marque de commerce de leurs relations commerciales. L’institut permettra aux Premières Nations de s’engager dès le début des activités d’étude et de prospection jusqu’à celles du démantèlement. Les Premières Nations peuvent devenir les promoteurs d’initiatives destinées à cerner tant les problèmes que les possibilités avant toute conception de projet.
Ce sont les premières étapes importantes de la transformation que je considère essentielles.
Essentielles pour les droits et la survie des Autochtones;
Essentielles aussi pour créer une voie de respect mutuel et de coopération à l’opposé de celle d’un conflit perpétuel;
Enfin, essentielles pour produire des résultats bénéfiques à toutes les parties – développer des économies autochtones et jouer un rôle de plus en plus important dans les économies générales du Canada et de l’Amérique du Nord.
Deux mois après la tenue de notre sommet à Niagara Falls, je suis heureux de vous annoncer que ces efforts sont en cours et que nous recueillons des appuis pratiquement tous les jours. Nous augmentons rapidement le nombre de travaux entrepris avec des intérêts internationaux en Amérique du Nord et bien au-delà. Par l’intermédiaire d’un engagement stratégique avec la Chine et la China Investment Corporation, une mission autochtone commerciale et culturelle a été confirmée pour le mois d’octobre 2011. Il y a deux ans, la Chine a investi 1,7 milliard de dollars dans une seule exploitation minière au Canada – les citoyens autochtones doivent s’engager directement pour faire progresser et protéger leurs intérêts, et c’est exactement ce que nous faisons.
Récemment, le Canada a affermi ses relations commerciales avec un grand nombre d’intérêts sud-américains. Nous entretenons d’étroites relations avec des peuples autochtones en Amérique du Sud ainsi qu’avec des États, tel le Brésil, qui pourraient aboutir à des échanges bilatéraux de plusieurs milliards avec le Canada.
En juin, une délégation d’Amazonie au Brésil a participé à notre sommet. Ses membres étaient intéressés à collaborer avec les Premières Nations à la réalisation de projets énergétiques écologiques.
Des entreprises brésiliennes, telle Vale, sont déjà présentes au Canada. Vale est l’une des plus grandes sociétés minières au monde; elle est consciente du rôle important des citoyens autochtones. Cette société a dépêché des représentants à notre sommet; elle est aussi l’un des principaux commanditaires du programme « Un portable par enfant », qui est dirigé par la Fondation Belinda Stronach (fournir des ordinateurs portables aux écoles autochtones).
La nouvelle voie que je vous décris commence invariablement de la façon suivante : les Premières Nations sont présentes à la table des négociations et les parties atteignent chacune leurs objectifs après avoir obtenu le consentement des Premières Nations et établi une relation durable et bénéfique pour tous.
Les participants à la réunion du Conseil de la fédération - qui s’est tenue il y a deux mois à Vancouver – ont été très intéressés par notre Sommet sur l’énergie et l’exploitation minière. Les premiers ministres et les dirigeants territoriaux ont convenu à l’unanimité de soutenir les prochaines étapes et la mise sur pied de notre institut virtuel sur l’énergie et l’exploitation minière. Nous espérons inaugurer l’institut dans un an, peut-être à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de 2012, qui se tiendra ici-même, à Toronto.
Nous travaillons également en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral. Nous avons basé notre travail sur des éléments essentiels de la transformation – les excuses formulées aux survivants des pensionnats indiens, y compris un engagement à l’égard de la réconciliation – et la ratification de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones par le Canada. Ces réalités, conjuguées à l’affirmation de nos droits mentionnée dans l’article 35 et aux décisions de la Cour suprême, fournissent le cadre et la confiance nécessaires pour apporter un réel changement.
Ainsi, nous avons établi un programme pratique et équilibré dans le cadre d’un plan d’action conjoint avec le Canada. Le plan est centré sur des domaines d’intérêt, dont avant tout le droit à l’éducation et à la sécurité communautaire, et il vise à améliorer les négociations conduisant à un règlement juste et expéditif et à modifier des politiques pour libérer le potentiel économique des Premières Nations.
Je tiens aussi à vous parler d’un sujet qui me tient à cœur et qui figure en première place dans mon programme. Il y a presque deux ans, les dirigeants des Premières Nations ont explicitement enjoint l’APN de faire de l’éducation sa première priorité – nous savons que le statu quo est totalement inacceptable. Cette décision arrive des décennies après le mouvement appelé La maîtrise indienne de l’éducation indienne – les objectifs sont toutefois identiques -, mais nous devons cette fois aller plus loin. Ces dernières décennies, nous avons constaté des améliorations qui sont le fruit de nos éducateurs et de nos dirigeants qui se sont occupé de nos enfants – le nombre d’obtentions d’un diplôme d’études postsecondaires est passé de quelques-uns à des dizaines de milliers– il s’agit d’une réussite remarquable.
Cependant, un trop grand nombre de nos enfants fréquentent encore des écoles qui ne sont pas dignes de ce nom. Nous devons leur offrir les mêmes possibilités que n’importe quel autre enfant au pays.
La vérificatrice générale a mentionné à plusieurs reprises que le système était fondamentalement défectueux. Il n’existe aucune stabilité, aucune équité et aucune responsabilité à l’égard de nos enfants et de nos communautés dans la façon dont l’éducation est financée. Il n’existe pas d’ententes de transfert stables pour soutenir l’éducation au deuxième et troisième degré, comme cela est le cas dans chaque autre famille au pays. Nos écoles sont financées par l’intermédiaire d’ententes de contribution annuelles qui ne prennent pas en compte de nombreux éléments, tels les bibliothèques, l’équipement scientifique et les ordinateurs.
Les dépenses en immobilisations destinées à nos écoles ne suivent pas le rythme des besoins élémentaires, tels que les réparations, l’entretien et évidemment la croissance de la population. Le résultat final est tout simplement inacceptable. Voici une raison pour laquelle j’estime qu’il est nécessaire d’entreprendre une transformation considérable – une transformation fondée sur nos droits et responsabilités et axée sur l’offre de possibilités et l’assurance de la réussite de nos enfants.
Grâce à une éducation et à une formation, nos jeunes seront en mesure de combler la pénurie croissante de main-d’œuvre au Canada – en particulier dans l’Ouest et le Nord. D’ici 2020, l’industrie minière aura besoin à elle seule de 100 000 travailleurs. Un grand nombre de communautés des Premières Nations sont situées près de lieux d’exploitation des ressources et de production d’énergie écologique. Une approche adéquate et un investissement nous permettraient de devenir des partenaires pour gérer le prochain essor des ressources naturelles et la production d’une énergie propre et écologique pendant des générations.
Le Plan d’action conjoint prévoit aussi de transformer et d’améliorer les processus de négociation. L’APN a travaillé avec le gouvernement du Canada à la mise sur pied du Tribunal des revendications particulières. Nous constatons qu’il est aussi possible d’améliorer la politique sur les revendications globales. Nos objectifs sont clairs – nous devons créer les conditions adéquates pour permettre un règlement juste et expéditif.
Aucune partie n’a intérêt à entreprendre des négociations interminables – nous devons mettre en place des processus de bonne foi permettant d’aboutir à des conclusions équitables. C’est la marche à suivre.
Nous avons aussi travaillé d’arrache-pied à l’élaboration d’une stratégie nationale. Les traités constitueront toujours la base de la relation entre la Couronne et les Premières Nations pour de nombreuses régions au Canada. Nous sommes tous des partisans des traités. Nous avons réuni les dirigeants autochtones de nations signataires de traités et nous travaillons avec eux à la conception d’un tribunal des traités. Il s’agit de nouveau d’un mécanisme qui vise à donner suite à nos droits, à apporter un changement et à aller au-delà des perpétuelles négociations, du statu quo et du manque de reconnaissance.
D’un océan à l’autre, les Premières Nations exercent l’autodétermination. Celle-ci nous tient très éloignée des contraintes de la Loi sur les Indiens et nous oriente vers l’affirmation et la mise en œuvre de nos droits, de nos gouvernements, de nos économies et de nos cultures.
Nous adoptons de nouvelles approches basées sur nos droits qui nous permettent de renforcer nos capacités, de régler les conflits et d’affirmer un engagement direct pendant que nous relevons notre défi en matière de protection de l’enfance auprès de la Commission canadienne des droits de la personne.
Grâce aux efforts énergiques de professionnels, tels que ceux présents ici aujourd’hui, à la détermination de nos jeunes dirigeants et à notre volonté de demeurer fidèles à nos droits et à nos traditions, nous réussirons. Nous libèrerons notre potentiel économique et nous regagnerons notre place en tant que nations autochtones au sein du Canada et de l’Amérique du Nord.
L’expérience a montré que pour aplanir les différends, il faut jeter des ponts, favoriser un respect mutuel et souvent faire des dépôts dans un compte commun de « confiance » pour ouvrir des perspectives et garantir la réussite. Nous devons nous engager dans l’effort nécessaire pour renverser la situation en faveur des Tsilhqotin et d’autres.
Nous ne devons pas raviver les braises du conflit et de la division, mais plutôt allumer les feux sacrés de la paix et de l’amitié. Nous devons nous engager dans un dialogue consacré au potentiel économique existant sur nos territoires et à la possibilité d’obtenir des retombées pour toutes les communautés environnantes.
En suivant cette nouvelle voie, nous affirmerons et nous renforcerons les Premières Nations, nous réduirons les risques de conflit et nous nous donnerons la possibilité de bâtir un pays plus fort, plus prospère et plus juste pour tous les citoyens de ce territoire. L’année à venir pourrait être une étape déterminante pour la renaissance et la résurgence de nos économies. Nous pouvons devenir et nous deviendrons les nouveaux moteurs de l’économie canadienne; une économie fondée sur nos droits, notre titre et notre compétence. Nous invitons toutes les personnes qui croient à la prévoyance et à l’équité à se joindre à nous dans notre parcours.
Kleco kleco!
Dans l’ensemble du pays, il existe de nombreux exemples d’ententes de partenariat positives.
• En juillet 2010, en Nouvelle-Écosse, la Premières Nation de Membertou a conclu un partenariat de coentreprise avec GrupoGuascor, une entreprise d’énergie renouvelable espagnole réalisant des projets dans le monde entier. Membertou et GrupoGuascor lanceront des projets d’énergie éolienne et solaire et de bio énergie au moyen d’un équipement destiné tout particulièrement aux collectivités rurales et éloignées, tant aux États-Unis qu’au Canada.
• En Ontario, la Première Nation d’Henvey Inlet a signé un contrat de tarifs de rachat garantis avec la province de l’Ontario. Une fois terminé, le parc éolien de 300 mégawatts d’un milliard de dollars fournira suffisamment d’énergie pour alimenter jusqu’à 70 000 habitations.
• Dans le nord du Québec, Eeyou Power est une société en commandite 100 % cri qui regroupe six des neuf communautés cries d’Eeuyou Istchee (territoire cri).
• La nation Haida, la Première Nation de Lax Kw’alaams et la Première Nation de Metlakatla travaillent en partenariat au sein de NaiKun Wind Development, le plus grand projet d’énergie éolienne situé en mer au Canada.
Il existe encore de nombreux projets de ce type. Ces exemples montrent la diversité et la portée des projets que peuvent réaliser les Premières Nations, tant entre elles qu’en partenariat avec l’industrie et le gouvernement.



